mardi 10 novembre 2015

Sarah Doraghi, du sourire au rire ravageur

Sarah Doraghi à la Comédie des BoulevardsVotre paternel est au bout du rouleau depuis que votre mère est à la retraite ? Votre amie a le moral dans les chaussettes depuis que sa paire de Louboutin a passé l’arme à gauche ? Vous-même n’êtes pas au mieux de votre forme depuis que votre cher et tendre a décidé de pratiquer la pêche à la mouche tous les dimanches ?
Stop, nous avons LA SOLUTION : filez daredare au théâtre voir Sarah Doraghi dans Je change de file (vous, votre amie, votre père et votre mère aussi). On s’y bidonne comme des tourtes pour pas un radis (20 € pour une telle déferlante de bonne humeur, c’est presque indécent). L’humoriste assure comme une bête (de compétition ou curieuse, au choix ; mais inutile, ici, de chercher la petite, c’est peine perdue). Le texte est à la fois fin (cela mérite d’être souligné), drôle et incisif. Bref, que demander de plus ? Ah oui, une place avant Noël car le 26 décembre, c’est la dernière. Allez hop, à vous de jouer !

A lire aussi : Interview de Sarah Doraghi, du rire au bonheur de vivre

Pour ouvrir la boîte de Pandore, c'est ici...
Le saviez-vous ? Dans son livre Là tu dépasses les borgnes, Sarah Doraghi joue et détourne des expressions de la langue française, comme : "arrondir les ongles", "s'ennuyer comme un remords", "avoir du pain sur la manche" ou encore "faire table basse du passé".

De d’Iran à la France, Sarah Doraghi balance

Née en Iran (vous savez, ce petit état de quelques 80 millions d’âmes, coincé entre l’Afghanistan, le Turkmenistan, l’Azerbaijan et le Pakistan), Sarah Doraghi quitte son pays natal en plein marasme politique. En 1979, la destitution du Chah perse (à ne pas confondre avec le Chat persan dont le pelage diffère, du moins en hiver) marque un tournant dans la révolution iranienne. Khomeini est élu guide suprême de la république islamique. Et un an plus tard, l’Irak déclare la guerre à l’Iran, pensant se tailler la part du lion sur la peau moribonde du Chah.
La guerre fait rage depuis 3 ans quand ses parents décident de mettre leur famille l’abri. C’est ainsi qu’en 1983, la petite Sarah de 10 ans (si tu m'crois pas hé, t'ar ta gueule à la récré), qui parle français comme une vache hispano-iranienne (pas du tout, donc), arrive à Paris avec ses sœurs, sa tante et sa grand-mère.
Son parcours est alors digne d’un conte de fée (sans bois dormant ; pour le prince charmant, désolé, on n’en sait pas plus). Après des études de droit, elle sort diplômée de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Paris (ESJ). Chroniqueuse sur Canal+ en 2005, elle décroche en 2006 un poste de journaliste (qu’elle occupe toujours aujourd’hui) dans la rubrique Culture de l’émission Télématin sur France2. En 2012, elle publie son premier livre « Là tu dépasses les borgnes » aux éditions First-Gründ. En 2014, enfin, elle monte sur les planches avec une pièce dont elle est à la fois auteure et interprète : Je change de file. C’est dit, Sarah Doraghi a plus d’une corde à son arc !

Dans Je change de file, Sarah Doraghi joue à domicile

On n’est jamais puni pour avoir fait mourir de rire. » (Proverbe chinois)

Et le plus fort reste à venir : car oui, son spectacle décoiffe. Du théâtre BO Saint-Martin à la Comédie des Boulevards, Je change de file en a déjà fait se gondoler plus d’un. On y rit comme des bossus et pas juste comme ça, non. Du début à la fin, on se marre comme des baleines. Et ça, c’est tellement rare, et tellement bon de choper le boyau rigolard, que l’on en aurait presque le cœur dans les talons quand le rideau tombe. La leçon est magistrale !

Le teaser de Je change de file à la Comédie des boulevards :



Du comique de situation aux mimiques clownesques, de l’absurde à la parodie, des jeux de mots à la satire, de l’humour noir à l’autodérision, la journaliste-humoriste puise dans les multiples registres de l’humour avec une facilité renversante. Et le public se fend la poire, encore et encore, charmé par le rythme endiablé des envolées désopilantes de l’artiste. Pas de temps mort dans ce « One Woman Show » décapant qui vous emporte à tombeau ouvert ; aussitôt embarqués, aussitôt morts de rire.

Dans la cour des Grands, Sarah Doraghi bouscule les rangs

« Ce jour-là, j'appris une chose fondamentale: on ne peut s'apitoyer sur soi que quand nos malheurs sont encore soutenables... Une fois cette limite franchie, le seul moyen de supporter l'insupportable, c'est d'en rire. » (Persepolis, Marjane Satrapi)

Vous vous demandez certainement ce qui peut bien faire rire une salle entière, de l’enfant timide du premier rang à la famille iranienne au grand complet (et au premier rang aussi) ?
Sarah Doraghi elle-même. Enfin plutôt, sa vie. Dans Je change de file, l’humoriste brosse le portrait d’une fillette devenue femme loin de son pays natal, dans un mélange des cultures plus proche de l’explosion que du choc.

Sarah Doraghi à la Comédie des Boulevards, Copyright Cyrus Atory

Fraîchement catapultée dans la plus belle ville du monde (si si, c’est ce qu’on dit), la petite Iranienne s’initie à la langue de Molière devant les séries télévisées, les balles de Roland Garos, les sketches de Muriel Robin (dont elle adopte le ton, pensant bien faire) et les scènes d’amour censurées par les jupes volantes de sa mère (qui par chance, ne coupe pas le son).
Elle nous emmène ensuite à la préfecture de police avec ses tantes, préfecture où elle exerce ses nouveaux talents linguistiques comme traductrice en tentant de ménager la chèvre perse et le chou français. De son initiation à la musique classique aux danses échevelées de son pays, des préjugés sur sa lointaine terre orientale aux petits cafés français qui durent quatre heures bien tapées, des douaniers d’aéroport aux boucheries de quartier, des discussions conceptuelles à l’ironie d’une justice hexagonale laxiste, Sarah Doraghi dénonce avec humour et force jetés de cheveux, sans concession ni tabou, les dérives de deux sociétés si différentes qu’elles en paraissent proches, l’Iran et la France.

Aussi à l’aise dans la peau d’un commandant de bord au bord du septième ciel que dans celle d’une droguée paumée au pied marin, Sarah Doraghi a tout d'une grande humoriste. Gageons qu'elle grimpera bientôt sur de très grandes planches, c’est l’avenir même de notre système de santé qui en dépend (trop de dépressions, ça vous creuse fissa un trou dans la Sacro-Sainte-Sécu) !

Auteur : Cécile Duclos

Copyright Photos : Cyrus Atory

Informations pratiques :
Je change de file à la Comédie des Boulevards
Une pièce écrite par Sarah Doraghi
Mise en scène : Isabelle Nanty et Sharzad Doraghi-Karila
Avec : Sarah Doraghi
Dates : Tous les vendredis et samedis à 19h (jusqu’au 26 décembre 2015)
Tarifs : 20 €
Adresse : Comédie des Boulevards (39 Rue du Sentier, 75002 Paris)


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Sarah Doraghi auteure :
Là tu dépasses les borgnes, Sarah Doraghi, Editions First, août 2012, au format Kindle.
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