mercredi 19 décembre 2012

Interview de Jukebox the Ghost,les fantômes du passé qui nous font danser

Interview de Jukebox the Ghost, Safe TravelsC'est à Paris que nous rencontrons Jukebox the Ghost – Ben Thornewill (pianos, chant), Tommy Siegel (guitare, chant) et Jesse Kristin (batterie) – dont le troisième album Safe Travels, fraîchement débarqué en France, ne devrait pas tarder à hanter les ondes. Au programme de cet entretien musico-mystique : le secret de leur son, d'étranges histoires de changement et de maturité, d'âge adulte et de stade final, de biologie et de journalisme, de miracle, d'autoroute et de panne d'essence, de Texas et de jeune femme aux yeux magiques, de tournées fleuves et de montagnes de tee-shirts... Interview de Jukebox the Ghost, les fantômes du passé qui nous font danser.


Pour ouvrir la boîte de Pandore, c'est ici...
Bonus : Quand on demande à Jukebox the Ghost comment le groupe s'est formé, voici leur réponse :
Tommy Siegel : Nous nous sommes rencontrés à l'université.
Ben Thornewill : Il y a 8 ans déjà !

Interview de Jukebox the Ghost pour leur nouvel album Safe Travels

« Parmi les âges de la vie, il y a l'enfance, l'adolescence, puis l'âge adulte. Mais après l'âge adulte, il n'y a plus rien ; c'est le stade final, à cet âge-là personne ne survit. »

Comment la création de votre dernier album Safe Travels s'est-elle déroulée ?
Ben Thornewill : Nous avons enregistré cet album à Brooklyn avec un ami [NDLR : le producteur et ingénieur Dan Romer] qui connaissait bien le groupe, et qui a donc tout de suite compris quel son nous cherchions à obtenir. Nous avons écrit les chansons sur place, en studio. L'enregistrement a bien duré quatre mois en tout et pour tout. Nous avions tellement de temps devant nous que nous avons prêté une attention toute particulière au résultat ; chaque morceau, chaque section vocale, chaque ligne de piano, tout devait être parfait ! Ce n'est qu'une fois satisfaits que nous passions à autre chose.

Passage obligé pour entrer dans la 3ème dimension : une paire de lunettes anaglyphes rouge / cyan (en carton, ça suffit).
Pour entrer dans la 3ème dimension, une paire de lunettes anaglyphes rouge / cyan suffit (n'hésitez pas à cliquer sur l'image pour l'agrandir).

Quelle démarche suivez-vous, habituellement, lorsque vous composez une chanson ?
Ben Thornewill : Tommy et moi, chacun de notre côté, nous écrivons des morceaux – la musique et les paroles –. Puis nous soumettons nos compositions au reste du groupe et c'est tous ensemble que nous sélectionnons celles que l'on garde, avant de créer les arrangements et les sections supplémentaires. Nous nous assurons toujours que le morceau ait le son du groupe, pas celui de l'un ou l'autre des musiciens.

Quelles ont été vos sources d'inspiration dans l'écriture des textes de votre album Safe Travels ?
Ben Thornewill : Cet album est plus personnel que les précédents. Auparavant, nous faisions beaucoup appel à la troisième personne, et nous racontions des histoires qui étaient arrivées à des tiers. Ce disque parle plus de nous...
Tommy Siegel : Oui, nous avons traversé des moments difficiles, et capitaux, ces derniers temps. Nous avons déménagé dans une nouvelle ville, nous avons perdu des proches, certaines de nos relations ont pris fin... Nous nous sommes inspirés de ces événements pour écrire l'album Safe Travels. C'est également ce qui nous a guidés dans le choix des chansons, dont les sujets, du coup, sont plus « durs ».

Safe Travels serait donc l'album du « changement » ?
Ben Thornewill : D'une certaine façon, oui ; comme Tommy l'a dit, nos sujets sont plus matures. Et puis il y a d'avantage de chansons tristes ; nous avons pris plus de risques en ne proposant pas uniquement des titres pop et enjoués. Les paroles sont plus sombres, les chansons aussi, et il y a plus de morceaux lents.

Interview de Jukebox the Ghost, (C) Shervin Lainez

Pouvez-vous nous parler du premier single Somebody ?
Ben Thornewill : Je l'ai écrit il y a deux ans environ en souvenir d'une image, que j'ai ramenée du Texas. Cette image, c'était les yeux d'une jeune fille qui dépassaient de l'épaule d'un inconnu. Elle regardait en l'air, les yeux au ciel, et c'était magnifique !... En écrivant Somebody, j'avais cette image, en permanence, dans la tête.

Et quel est le sujet de cette chanson ?
Ben Thornewill : Somebody aborde ce désir, paradoxal, que nous avons tous d'être à nouveau avec quelqu'un tout en sachant qu'après toute relation, les gens quittent notre vie et rencontrent quelqu'un d'autre.

Avez-vous une anecdote à nous raconter, sur l'une ou l'autre des chansons de votre dernier album Safe Travels ?
Ben Thornewill : Adulthood est un excellent candidat ! Cette chanson parle de la mort, de la fin de toute chose. Parmi les âges de la vie, il y a l'enfance, l'adolescence, puis l'âge adulte. Mais après l'âge adulte, il n'y a plus rien ; c'est le stade final, à cet âge-là personne ne survit. Adulthood aborde cette prise de conscience ; lorsque l'on devient adulte, en quelque sorte, on arrive à la fin. Il n'y a nulle part ailleurs où aller, et nous devons tous passer par là. Cependant, Adulthood est également une chanson joyeuse et positive, une chanson entraînante. Nous aimons beaucoup ce mélange-là, des paroles noires sur des chansons qui bougent.

Interview de Jukebox the Ghost, les rois du tee-shirt

« Dans quelques années, quand nous jetterons un coup d’œil en arrière, nous réaliserons probablement que nous avons gagné plus d'argent en vendant des tee-shirts que de la musique ; c'est très étrange, non ? »

Comment décririez-vous votre style musical ?
Tommy Siegel : Notre style, quelque part entre la pop et le rock, est basé sur le piano.

Interview de Jukebox the Ghost, (C) Shervin Lainez

Avez-vous appris la musique à l'Université ?
Ben Thornewill : Pour ma part, oui ; à l'Université, j'étudiais la musique, le piano et le jazz. Par contre, Jesse suivait des études en biologie et Tommy, en journalisme.

Vous et la scène : quelle serait votre rêve le plus fou ?
Tommy Siegel : Jouer au Madison Square Garden à New York, ça serait génial !
Ben Thornewill : Ah oui, c'est un très bon choix ! Mais il nous reste beaucoup de chemin à faire avant que ce rêve devienne réalité [rires] !

Votre pire cauchemar ?
Ben Thornewill : [rires] Ne plus faire aucun concert ?
Jesse Kristin : Nous avons tellement voyagé – nous étions en tournée pendant 5 ans ! – et fait tellement de concerts, que cela ne devrait pas se produire... Nous l'espérons en tout cas.
Ben Thornewill : Un accident de voiture ?
Jesse Kristin : Ah oui, pas d'accident de voiture ! Pour l'instant, nous n'avons jamais été blessés ; nous sommes heureux d'avoir survécu [rires] !

A propos de ces années sur la route, avez-vous un souvenir drôle à partager avec nous ?
Jesse Kristin : Un jour, nous sommes tombés en panne d'essence sur l'autoroute. Le moteur s'est arrêté de tourner, nous n'avions plus du tout de carburant. Et pourtant !... Nous avons réussi à quitter l'autoroute en roues libres par la première sortie, puis nous avons continué à rouler, rouler, rouler – tous les feux étaient verts, il y en a eu 3 en tout ! –, jusqu'à nous arrêter pile-poil devant une station essence [rires] ! Nous étions complètement à sec, c'était incroyable !

Pensez-vous que la joie pourrait exister sans la douleur ?
Ben Thornewill : A mon sens, la joie et la douleur tirent leur profondeur de leur existence réciproque.
Tommy Siegel : Je ne pense pas que l'on puisse avoir conscience que l'on est heureux sans avoir déjà connu la douleur.
Ben Thornewill : Et inversement, oui.

Interview de Jukebox the Ghost, (C) Shervin Lainez

On vous offre une machine à remonter le temps ; que vous faites-vous ?
Ben Thornewill : [rires] Je reviendrais à l'époque de la 9ème Symphonie, quand Beethoven dirigeait l'orchestre.
Tommy Siegel : Moi, je reviendrais à l'époque de la 8ème symphonie et je tuerais Beethoven [rires] !
Jesse Kristin : Je reviendrais encore plus arrière, avant eux deux, et je trouverais quelque chose de mieux à faire [rires] !

Musicalement parlant, quel serait votre mentor ?
Tommy Siegel : Il y en a trop !... Parmi les guitaristes, j'aime beaucoup Frank Zappa, il est extraordinaire. Et j'adore Jerry Garcia.
Jesse Kristin : Je suis batteur, alors Stephen Morris, le batteur de New Order ? J'aimerais beaucoup jouer comme lui. Ce n'est pas un musicien très technique, mais j'aime énormément son style. Si je le rencontrais, je lui dirais : « Salut, tu veux bien me montrer comment tu fais ça ? ».
Ben Thornewill : Randy Newman pour ses compositions piano-voix, et Oscar Peterson, le pianiste de jazz.

Que pensez-vous de la révolution numérique que vit actuellement le monde de la musique ?
Tommy Siegel : C'est à la fois une bénédiction et une malédiction. Votre nom peut faire le tour monde plus vite que vous ne l'auriez jamais espéré, mais personne n'achète votre musique. Cela signifie donc qu'en tant qu'artiste, il faut trouver d'autres moyens, de nouvelles façons de gagner de l'argent. Dans notre cas, la majeure partie de nos revenus vient des concerts que nous donnons, la vente de nos albums ne nous rapporte pas grand chose. Dans quelques années, quand nous jetterons un coup d’œil en arrière, nous réaliserons probablement que nous avons gagné plus d'argent en vendant des tee-shirts que de la musique ; c'est très étrange, non ?

Pour terminer, quels sont vos projets ?
Ben Thornewill : Continuer ! Faire de nombreux concerts, un autre album, et l'année prochaine, une nouvelle tournée aux États-Unis. Et on espère revenir à Paris [rires] !

Interview réalisée le 4 décembre 2012 par Cécile Duclos

Jukebox the Ghost, Safe Travels, juillet 2012
Copyright photos (hors 3D) : Shervin Lainez

Retrouvez Jukebox the Ghost sur le web : sur wikipedia, son leur site officiel, sur facebook, sur myspace et sur twitter.

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Le dernier album de Jukebox the Ghost :
Safe Travels, Jukebox the Ghost, Yep Rock, juillet 2012.
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