dimanche 13 mai 2012

L'Ordinacteur (2/2)

L'OrdinacteurAussi, a l'unanimité, décida-t-on l'élaboration de nouvelles théories de communications (projet qui devrait donner un bol d'air financier à des dizaines d'universités américaines pendant quelques années) et la mise en place provisoire d'un réseau restreint (quelques machines soigneusement sélectionnées pour leur capacité d'obéissance, leur technologie désuète et leurs performances discrètes). Aucun terminal, intelligent ou non, ne reçut l'autorisation de connexion directe à la Machine.

Tout dialogue devait subir les filtrages et contrôles préliminaires des machines-secrétaires tatillonnes et bornées: identité du questionneur, raisons de la demande, temps prévu, autorisations des dirigeants (3 niveaux de hiérarchie pour des questions, l'aval du P.D.G. pour toute mise à jour).

Les empreintes digitales et vocales, ainsi que les ondes encéphaliques, étaient examinées, les autorisations vérifiées, les raisons soupesées. En cas d'acceptation, rendez-vous était fixé au demandeur en un lieu déterminé où chaque station était surveillée par un témoin (lui-même épié en permanence par des caméras vidéo). A l'heure du rendez-vous, le demandeur était fouillé, déshabillé, sondé, radioscopé sous tous ses angles.

L'écran lui affichait alors, durant 3 secondes, l'endroit où il devait se rendre. Là, tout nu devant une escouade de gardiens, il avait l’autorisation d'allumer l'écran, à l'aide d'un badge spécial valable pour une seule intervention. Il lui fallait fournir de nouveau toutes ses coordonnées et, après autorisation, poser sa question. Laquelle était soumise à la première machine-secrétaire qui décortiquait le texte, analysait la syntaxe, éliminait les termes inutiles et reformulait la demande afin de mettre en exergue sémantique et logique. Puis elle transmettait à la deuxième secrétaire qui se chargeait de dépouiller chaque mot et de détecter la présence de virus, mots-pièges, bombes logiques et paradoxes. La troisième machine contrôlait le travail effectué, testait le degré d'intégrité de ses prédécesseurs, estimait le taux d'intérêt et de difficulté de la question et le pourcentage d'opportunité de la réponse. La quatrième secrétaire, sous surveillance constante de deux machines témoins, traduisait la question en un code crypté uniquement compréhensible par la Machine Reine et changé épisodiquement. La cinquième soumettait humblement, bribe par bribe, la demande ainsi chiffrée à la sagacité de Sa Majesté. 

La Machine empilait la demande dans l'une de ses files d'attente, en fonction de sa priorité, et dictait à sa fidèle assistante, en guise de réponse,

… un accusé de réception.


Fin

Auteur : Marc Duclos



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