dimanche 29 avril 2012

Voyage (2/2)

OrageAprès 2 journées de vaines recherches, divers journaux orientèrent leurs articles sur l'étrange coïncidence entre la disparition subite de l'avion et la soudaine noirceur du ciel à Dakar. Ils évoquèrent les OVNI, la proximité de trous noirs, les failles temporelles, de mystérieux phénomènes météo, et bien d'autres tentatives d'explication. Ils passèrent en revue les cas similaires qui avaient pu se produire dans le passé, tous ces engins volants ou flottants dont la disparition était demeurée inexpliquée. Ils mentionnèrent le fameux triangle des Bermudes et autres lieux de sinistre réputation.

Les tirages des principaux journaux d'actualité augmentèrent de manière considérable, ce qui galvanisa les journalistes et surtout les rédacteurs en chef. Les indices d'écoute des chaînes de télévision atteignirent des sommets et les débats succédèrent aux reportages en direct. A mesure que les jours s'écoulaient, l'intérêt diminua. Il finit par retomber. L'actualité poussait à la roue et imposait sa loi. Les événements se succédaient à un rythme tel qu'il était difficile de concentrer son émotion sur une seule catastrophe.

Cinq jours après le drame, ce n'était plus guère qu'une vague réminiscence. Une semaine après sa disparition, l'avion reparut au-dessus de l'aéroport de Nairobi, au Kenya. Il demanda l'autorisation immédiate d'atterrir et la mise en place des procédures d'urgence et du matériel de secours car il n'avait plus de moteurs. L’atterrissage s'effectua vaille que vaille et l'avion roula sur le ventre dans un fracas de freins bloqués, d'acier malmené et de tôles déchirées. En bout de course, l'engin s'arrêta et un début d'incendie, rapidement maîtrisé, se déclara. Indemnes et hagards, les passagers du vol AF316 débarquèrent, aidés par les pompiers et la sécurité civile. Le pilote, entouré d'une nuée de journalistes et de curieux, tint peu après une conférence de presse pour raconter sa mésaventure.

A peine éloigné de l'aéroport, son avion avait été assailli par un immense nuage de sauterelles. Des milliards et des milliards de criquets, qui s'étalaient sur des dizaines de kilomètres en une couche compacte épaisse de plusieurs dizaines de mètres, avaient complètement entouré le malheureux appareil et obscurci  le ciel de Dakar. Engorgés et étouffés par ces hordes d'insectes, les réacteurs s'étaient tus l'un après l'autre. Sans moteurs, uniquement soutenu par l'invraisemblable puissance des nuées de sauterelles, l'avion avait été porté par les marées successives au rythme relativement lent de leur migration.

C'est ainsi qu'arrivé au-dessus du Kenya, après le survol de régions inconnues (car personne dans l'avion ne voyait rien, hormis les brunes carapaces), le pilote avait pu profiter d'une éclaircie provisoire dans le cocon qui l'enserrait pour s'échapper. Heureusement, le nuage d'insectes se préparait alors à se poser pour dévaster une contrée encore épargnée, et l'avion avait réussi à atterrir.


Fin

Auteur : Marc Duclos



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