dimanche 4 mars 2012

Les Bontés de Satan (2/2)

Les Bontés de Satan (2/2)Lorsque Satan revint et qu'il constata la renaissance de cet ancien désert aride, il sut enfin ce qu'était le bonheur, l'émotion de rendre service. Il se félicita chaleureusement du résultat obtenu. Il décida donc d'amplifier cette joie qui l'étreignait par une nouvelle bonne action. Il reconnaissait en son for intérieur qu'une bonne part d'égoïsme le motivait dans cette fièvre de générosité, car son plaisir était décuplé par l'étalage de sa bonté. Dire qu'il avait ignoré et combattu, une éternité durant, les délices et les félicités, l'extase même, du Bien ! 

Il quitta cet Eden et, toujours confiant en sa bonne étoile qui l'avait si bien conseillé la première fois, se laissa guider avec un sentiment de plénitude. Ce furent les alentours du lac Erié qui l'accueillirent. Le lac constituait maintenant une véritable mer intérieure, ayant développé son ampleur aussi bien en profondeur (Détroit gisait par plus de cent mètres de fond) qu'en surface (une partie du Canada avait été annexée par le lac américain). Quelques heures suffirent à notre noir héros pour dresser un tableau précis des besoins primordiaux de la population locale. Cette région était manifestement saturée d'humidité, cause de toutes les récriminations. Il existait un remède naturel et souverain: le soleil. L'ordre du démon en chef fut transmis à tous les échelons de la hiérarchie satanique et exécuté séance tenante. Le soleil régna en maître absolu pendant cinq années. Pas d'alternance pluvieuse,  ni même nuageuse. Aucune goutte de rosée ne fut tolérée. Du soleil partout et toujours.

Michael Pacher, Saint Wolfgang et le diable

En à peine six mois, les effets des trombes diluviennes s'étaient estompés. Le Sahara avait retrouvé la nudité accablante de ses dunes de sable et de ses rochers, les oasis avaient retrouvé leur rôle traditionnel de sentiers et toute trace de végétation avait disparu. En deux ans, la Terre entière était un Sahel. Rivières et fleuves ne comptaient que pour mémoire. Les lacs ressemblaient à des flaques éparses. Les sous-sols étaient taris. Le sol formait partout des rides de croûtes jaunâtres qui s'affaissaient régulièrement. Mers et océans constituaient désormais d'immenses gisements de sel scintillant comme des milliards de gemmes sous le soleil implacable.

Il n'y avait plus un seul humain sur Terre lorsque Satan revint vérifier les résultats de son dernier coup de cœur. Il en fut très surpris, un peu peiné, car l'enfer depuis longtemps n’accueillait plus personne. Les diablotins au chômage commençaient à ruer dans les brancards, et les grèves succédaient aux manifestations.

Plus un seul humain !
Tous avaient gagné le Ciel.


Fin

Auteur : Marc Duclos



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