samedi 17 mars 2012

Je suis toi, tuez-moi (1/2)

PrisonLaurent Depagne. Je m'appelle Laurent Depagne et j'ai 23 ans. Dont 22 de liberté. De vie. De dehors. Je suis en taule depuis un an à cause d'un braquage de banque raté. Un coup facile pourtant, bien préparé. Peinard. Une agence un peu isolée, pas de circulation, pas de complices. L'argent de la caisse, ma moto sur le trottoir, la fuite tranquille. Et la poisse… L'accident stupide. Le dérapage pour éviter une fillette, la chute, les flics, l'arrestation, le procès. 3 ans de prison. 3 années d'éternité à rester enterré vivant, effacé, gommé.

Ce matin, j'ai changé de cellule. J'occupe maintenant celle d'un nommé Roland Thomens, transféré dans un autre quartier. Une vraie brute, paraît-il. Un sanguinaire, un sans-pitié, un coriace vrai de vrai. Condamné à mort pour meurtres à répétition, tueries préméditées, assassinats à la chaîne. Pas mon truc ça ! Les casses vite faits bien faits, oui. Les hold-up rondement menés, j'aime. Les carambouilles à ficelles, les rodéos avec les poulets dans des tires volées, j'en redemande. Mais le sang non! Non, non et non. J'aime trop la vie.

Déjà une heure du mat ! Impossible de m'endormir. Je me tourne et me retourne. Je compte la vermine : les matons, les araignées, les rats, les juges, les cognes... Rien à faire. Je calcule le temps qui me reste à pourrir dans cette geôle. En semaines, en jours, en heures. Le désespoir m'arrête, m'empêche de continuer. J'évoque ma douce, ma tendre Sonia qui m'attend, qui vient tous les jours au parloir. Tous les jours ? Non. Disons une fois par semaine. Ou par mois. Ou par an... Je ne sais plus. Le temps ne signifie plus rien. Un tunnel sans fin, un gouffre sans fond. Sans repères. Sans espoir. Des journées qui s'étirent à l'infini, des nuits de torture, des siècles d'obscurité. Des millénaires de solitude, de néant. L'enfer dans un tombeau. Je sombre, je m'endors. Que faire d'autre?

Prison

Des pas dans le couloir. Des murmures feutrés devant ma porte. Une clé gémit dans la serrure. La porte s'ouvre brutalement. La lumière m'agresse, m'aveugle. Je regarde ma montre : 5 heures du matin. Pourquoi ce tapage, cette entrée en force? Deux matons se précipitent sur moi, m'agrippent, me forcent à me lever, me clouent debout au sol. Le directeur de la prison s'avance alors, un curé à ses côtés, un petit mec chétif derrière lui. Une vraie procession. Il en manque ou tout le monde est là ? Six dans une cellule, ça fait juste pour respirer. Parlons même pas de remuer.

Pourquoi cette mise en scène ? Qu'ai-je fait ? On va fouiller mon mitard, me transférer de nouveau, me tabasser ? Et le curé, il sert à quoi ? Le directeur se racle la gorge, évite soigneusement mon regard :
« Roland Thomens… »
Je ne peux me retenir :
« Absent » 
Les gardiens me bousculent. Le directeur fusille le plafond des yeux et reprend :
« Roland Thomens, l'heure du châtiment est arrivée. L'heure d'expier enfin vos crimes atroces. Le président de la République a rejeté hier soir votre recours en grâce. Préparez-vous maintenant. Monsieur l'abbé est là pour vous apporter le soutien de la religion et entendre votre confession, si vous le désirez. Votre avocat, malade, n'a pu venir. Il a délégué son adjoint pour vous assister dans vos derniers instants. Quant à moi, je vous ai apporté quelques cigarettes et un bon verre de cognac. Dépêchons-nous, je vous prie. Et soyez fort ! »

Auteur : Marc Duclos



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