samedi 7 janvier 2012

Plaisir des sens (1/2)


Je m’appelle Wu !
Plaisir des sensGrâce à ma multitude d’yeux, je suis le roi de la vision. Rien de ce qui est visible n’a de secret pour moi. Lorsque je suis gai, le monde entier n’est que couleurs : le vert des prairies, le pourpre des arbres, le bleu du ciel, l’or des blés. Lorsque mon humeur s’assombrit, je me console en admirant la grisaille des petits matins et le noir profond des nuits. Je vois tout, devant, derrière, sur les côtés et même à l’intérieur de moi. Je me fais des clins d’yeux, je me contemple sans cesse. Rien ne m’échappe. Quelquefois, je perds un œil par accident, mais rien de grave car il repousse vite. Et puis, j’en ai tellement ! J’en ai même trop car j’en suis gêné pour rouler. Heureusement, mes cils me protègent et m’aident à me frayer un passage.

Je me nomme Wou-ïe !
Je suis l’impératrice de l’écoute. Mes milliers d’oreilles connaissent tous les bruits de la nature, tous les sons des instruments. Quand je suis heureuse, l’univers n’est que musique et harmonie. Quand le spleen me saisit, c’est le silence qui m’étreint. Je capte tout et je transpose mes impressions en sonates, cantates ou adagios. Les bruissements me sont du swing, les raclements du jazz et les grondements du rock. Je m’écoute avec ravissement et m’entend fort bien avec moi-même. Bien sûr, il m’arrive de perdre quelques oreilles, mais quelle importance ? Une de perdue, dix de retrouvées !

Mon nom est Wo-dorat !
J’ai des centaines de nez et je suis le tsar des odeurs. Je hume toutes les senteurs du monde, elles m’enivrent à la folie. Dans mes instants de bonheur, je sens le parfum des fleurs et des insectes, des arbres et des plantes. Dans les moments où la tristesse me submerge, je ressens la puanteur de la vase et de la boue, du fumier et des cadavres. Je sens tout ce qui m’entoure mais l’odeur que je préfère, c’est la mienne. Capiteuse, poivrée-sucrée, miel citron, une merveille ! Pourquoi m’inquiéter lorsque j’égare par distraction deux ou trois nez ? Les remplaçants vaudront bien les titulaires.

On m’appelle Tou-Ché !
Mes nuées de tentacules me permettent de toucher, de palper, de tâter, d’explorer et de caresser tout ce qui m’entoure. Je me déplace sur tous les terrains, j’escalade les arbres, je contourne les obstacles avec aisance. J’avance par reptation, glissements, sauts, contorsions et autres roulades. Un vrai génie du mouvement ! De l’avant, toujours de l’avant ! A vrai dire, je m’adore quand je me meus, je m’idolâtre, je succombe à mes propres charmes. Et ce ne sont pas les membres perdus, lors de mes expéditions, qui me chagrinent. Les tentacules, ça va ça vient.

C’est moi Wa-Goût !
J’ai plein de palais. J’en use et en abuse pour goûter tout ce qui se présente. Toutes les saveurs m’appartiennent et me délectent. Enfin, presque toutes. J’avoue que certaines sont vraiment infectes. Mais que j’aime les fruits, les champignons, les légumes ! Je suis moi-même un vrai nectar, savoureuse à souhait, et je me régale parfois en me croquant un peu. Mes palais repoussent, bien entendu, toujours plus tendres et goûteux.

Wu se promène de par le vaste monde et s’émerveille de ce qu’il y voit. Il est l’être le plus heureux qui soit. Quel bonheur peut surpasser le sien ? Lors de ses pérégrinations, il aperçoit un jour une forme étrange et s’en approche précautionneusement. Enchaînant les clins d’œil, il tente de communiquer avec Wou-ïe. Quelle créature bizarre, elle n’a aucune réaction ! Comment peut-elle résister à son charme ravageur ?
De son côté, Wou-ïe a perçu l’approche de Wu. Un son inattendu, tout à fait différent des bruits dont elle est coutumière. Comment l’approcher ? Peut-être une petite sérénade pour l’amadouer ? Ou une aubade pour l’ensorceler ? Allons-y pour l’aubade !
Wu s’impatiente et commence à s’énerver, car la forme ne semble rien éprouver. Malgré ses battements de cils et ses œillades à répétition, elle reste insensible, aveugle à ses appels amoureux.
Wou-ïe ne peut masquer son impatience. La chose en face d’elle reste sourde à son harmonie.
Wu prend alors l’initiative et ses yeux s’emparent des oreilles de Wou-ïe, qui n’attendait que ça. S’ensuit une lutte amoureuse, dont naît quelques mois plus tard un hybride mâle qu’ils nomment Wu-Ouïe. Ils en sont amoureux fous, car il peut communiquer avec tous les deux. Muni d’yeux et d’oreilles, il échange clins d’yeux et battements de cils avec son père Wu, et tonalités et arpèges avec sa mère Wou-ïe.


Auteur : Marc Duclos



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1 commentaires:

Eva Cordel a dit…

Vivement la suite !

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